
A la recherche du passé
Les universités n’enseignent point toutes choses, il faut au médecin chercher les bonnes femmes, les bohémiens, les tribus errantes, les brigands hors la loi, et se renseigner chez tous.
Nous devons, par nous-mêmes, découvrir ce qui sert à la science, voyager, subir maintes aventures et retenir ce qui en route peut-être utile.
Paracelse (1493-1541)
Des voyages, des rencontres, et beaucoup de questions.
Des salles de cours aux gestes transmis dans les villages et contrée profondes, le chemin qui a peu à peu façonné ma pratique.
Une observation de voyage n’est pas une étude scientifique. Elle peut, en revanche, faire naître un doute utile : nos habitudes de pensée expliquent-elles tout ce que nous voyons ?
Parcours
Bien souvent, mes clients me demandent : « Vous êtes ostéopathe mais vous n’agissez pas comme les autres ostéopathes que nous avons déjà consultés. » Je leur réponds simplement que l’ostéopathie est très à la mode en ce moment et fait partie des médecines manuelles, mais elle n’est pas une panacée.
Mon parcours ne tient pas seulement dans une succession de formations. Il est fait de personnes rencontrées, de gestes reçus, de départs et de retours. Certains enseignements m’ont été donnés dans une salle de cours. D’autres sont venus d’un voyage, d’une conversation ou d’une façon de poser les mains que je ne connaissais pas.
Que font les personnes qui n’ont pas reçu le même enseignement que nous, qui n’utilisent pas nos mots, mais auprès desquelles les habitants viennent depuis longtemps chercher de l’aide ?
Il y a beaucoup d’autres méthodes aussi efficaces que l’ostéopathie à travers le monde. Je n’ai pas de méthode. Je suis ma propre méthode. Je fais la synthèse de toutes les méthodes de rebouteux que j’ai apprises pendant des années au cours de mes voyages à l’étranger, mélangée à ce qu’il y a de mieux en ostéopathie en la dépouillant de son côté mystique pseudo-énergétique.

J’ai découvert dans un premier temps et me suis inspiré par la suite des gestes traditionnels de nombreuses populations souvent défavorisées où la médecine telle que nous la connaissons nous Européens est remplacée par des manipulations simples mais efficaces apportant rapidement un soulagement reconnu.
L’ostéopathie énergétique est une pure invention pour occidentaux en mal de mysticisme ou de thérapies orientales. Le soleil qui se lève réchauffe la terre et ses habitants. Il transmet son énergie et sa chaleur par sa seule présence. Il ne fait pas des cours ou des stages le week-end pour apprendre à transmettre sa chaleur ou son énergie.
L’énergie ne se recherche pas, elle se reçoit pour l’être qui la veut sans aller la chercher. On la possède naturellement et ce sont les autres qui la ressentent instinctivement à votre contact. Le bâillement n’est-il pas communicatif ? Nul besoin de cours, de méthodes ou de systèmes pour que l’autre personne bâille elle aussi.
Après avoir suivi un cursus traditionnel et enrichi ma pratique par des méthodes complémentaires occidentales (méthode Bowen, méthode Moneyron, méthode Dorn, etc.), insatisfait et toujours à la recherche de progression, je pars en voyage à travers le monde pour étudier et améliorer ma pratique.
Voyager ne rend pas tout merveilleux, mais cela peut rendre le regard moins fermé.
Je me suis imprégné de techniques complémentaires et naturelles acquises lors de nombreux voyages à travers de nombreux pays, d’abord en commençant par les USA, source de l’ostéopathie, et ensuite par l’Asie dont entre autres le Pakistan, la Malaisie, le Japon, la Chine, l’Inde, le Népal, la Thaïlande, etc. Puis j’ai bifurqué vers l’Amérique du Sud avec le Pérou, la Colombie et l’Équateur, et aussi quelques pays d’Afrique Noire, et pour finir le Maroc avec l’étude des rebouteux berbères. Ces noms ne constituent pas un palmarès. Ils situent quelques-unes des rencontres qui ont nourri ma curiosité.
Elle ne consiste pas à juxtaposer des techniques venues de partout. Elle tient plutôt à ce que ces expériences ont changé dans ma façon de poser une question, d’examiner un mouvement ou de rester attentif à une réaction.
Je suis sorti des capitales pour partir à la rencontre des autochtones dans leurs villages afin de m’intéresser aux techniques ancestrales.

Tout en ne reniant pas mon activité première qui est l’ostéopathie, je me suis très vite rendu compte que nous ne savions pas « TOUT ».
Mon premier choc fut lorsque je vis qu’au Pakistan, les gens qui allaient chez le coiffeur se voyaient, en plus de leur coupe de cheveux, administrer un long massage du crâne qui était une source de détente évidente pour les clients.
Ce n’était pas une raison pour tout idéaliser. C’était une raison pour mieux regarder. Nous pouvons apprendre dans un contexte très différent du nôtre, à condition de ne pas décider à l’avance que nous savons déjà ce que nous allons y trouver.
Une tradition n’est pas juste parce qu’elle est ancienne, pas plus qu’une technique n’est suffisante parce qu’elle est récente. Mais il serait dommage de renoncer à observer sous prétexte que le savoir ne se présente pas sous la forme que l’on attend.
Le coiffeur était à la fois thérapeute et masseur.
Ces gens-là avaient compris le massage du crâne et ses effets thérapeutiques bien avant que les ostéopathes du 19ème siècle le découvrent.
Les grands-mères du Kerala au sud de l’Inde qui enseignaient le massage des bébés à leurs filles ignoraient tout de l’ostéopathie mais n’avaient rien à envier avec leurs pratiques empiriques aux ostéopathes modernes sur le « toucher » du bébé.
Ce fut un bouleversement et une remise en question de tout ce que j’avais appris jusque-là.

Je décidais alors d’observer un peu plus attentivement toutes les pratiques ancestrales dans chaque pays avec un œil neuf et sans aucun préjugés.
Toujours cobaye pour mieux comprendre, je fus parfois un peu interloqué par des praticiens peu expérimentés mais fus admiratif devant la dextérité de certains.
À tout cela s’ajouta une étude complémentaire sur les principales écoles de naturopathie européennes avec une préférence pour celles de Suisse et d’Allemagne.
Ces différentes méthodes thérapeutiques sont complémentaires et ont chacune leurs champs d’intervention et leurs spécificités, mais il faut garder à l’esprit que l’ostéopathie ou les thérapies manuelles sont une médecine fonctionnelle qui a ses limites et ne pourront jamais refaire les cartilages et les os usés. L’ostéopathe ou le rebouteux ne sont pas des magiciens.
Transmettre, et continuer la conversation
La transmission a elle aussi trouvé sa place dans mon parcours. J’ai partagé mon travail avec des professionnels (Kinésithérapeutes, Ostéopathes, Psychologues), notamment avec mon fils Sébastien. Expliquer ce que l’on fait oblige à revenir aux choses concrètes : ce que l’on observe, ce que l’on cherche, ce que l’on peut réellement montrer.
J’aime cette idée d’un savoir qui se discute. Les voyages ont nourri cette évolution. Les consultations l’ont poursuivie. C’est sans doute cette part d’inconnu qui me donne toujours envie de comprendre.
Lorsqu’une personne va mieux, je reste prudent sur les explications. Le corps ne se laisse pas toujours résumer à une cause unique.
Après trente-neuf ans de pratique, qu’est-ce qui donne encore envie ?
Ce sont justement les différences. L’expérience offre des repères ; elle n’a pas besoin de devenir une fermeture. Je peux avoir une intuition, puis devoir la revoir. Je peux constater un changement sans pouvoir en expliquer toutes les raisons.
Pour terminer, restons modestes
L’ostéopathie ou les techniques manuelles ne peuvent tout guérir. Vieillir n’est pas une maladie. On finit tous par se rouiller.
Les thérapies manuelles ont leur place et leurs limites. Elles ne remplacent ni un diagnostic médical ni les traitements nécessaires.
L’ostéopathie ne soigne ni les traumatismes (fractures), ni les maladies organiques (cancer, sclérose en plaques, psoriasis, polyarthrite, ulcères à l’estomac, etc.), ni les maladies infectieuses.
Le travail en réseau avec les médecins est indispensable.
Bernard Tisné

