Ostéopathie Structurelle et Respiratoire – Fasciathérapie

(Torticolis, sciatiques, dorsalgies, lumbagos, entorses, etc).

Interview

Bernard Tisné, Ostéopathe D.O et Rebouteux à Horgues (Hautes Pyrénées) et Soumoulou (Pyrénées Atlantiques), spécialiste des Manipulations Vertébrales ou Structurelles et du Reboutement Occidental, ainsi que des Thérapies Manuelles Asiatiques ( Tuina, Chi Nei Tsang, Shiatsu, etc…) acquises au cours de nombreux voyages en Asie et à travers le monde.

13, impasse des Glycines – 65310 Horgues (4 km de Tarbes, dans les Hautes Pyrénées) – Tel: 06 80 30 08 80

( En activité depuis 38 ans )

Je suis ostéopathe D.O. exclusif depuis 38 ans. J’ai suivi un cursus classique puis je me suis enrichi de plein de techniques à travers le monde.

Si tu veux, la vie est un chemin. Tu marches et à un moment donné, tu croises un serpent. Ce serpent te fait peur et tu te bloques. Si le serpent n’était qu’un rêve ou s’en va sans te piquer, la majorité des gens vont continuer leur route et se décrisper naturellement, parce qu’ils ne se sont pas trop contractés.

Mais il y a d’autres personnes qui vont avoir très peur et vont se figer complètement. Elles vont garder cette contraction même quand le serpent sera parti, et c’est la porte ouverte à toutes les maladies ou désordres de l’organisme par stagnation de tous les liquides et tissus du corps.

Quand quelqu’un prend un choc émotionnel ou a une grande peur, il se resserre sur lui-même, et tous les tissus se contractent. Tous les systèmes de l’organisme se mettent au ralenti.

Ça va entraîner des problèmes de dos, des douleurs dorsales, mais en tant qu’ostéopathe, je me suis rendu compte que 90% des problèmes de dos viennent de problèmes émotionnels. Après, dans les 10% qui restent, il y en a qui se blessent au sport, qui tombent, ont un accident de voiture, etc.

Quand j’ai commencé il y a 37 ans, c’était plutôt l’inverse. Il y avait 10% d’émotionnel et 90% de blessures physiques, et j’ai vu petit à petit la courbe s’inverser.

Quand les gens ne vont pas bien, ils se raidissent et la corde casse à l’endroit le plus faible. Tu as quelqu’un qui va faire le même geste tous les jours et tout se passe très bien, et puis un jour il va s’accrocher avec son voisin, sa femme va le quitter, il va apprendre le décès d’un proche, il va être contrarié, etc. Il va se replier sur lui-même.

Ce geste banal qui d’habitude passe très bien va créer une contraction. Alors la tendance actuelle va être de dire : il va falloir débloquer cette contraction. Mais c’est trop simple.

Oui, car la tendance commune va être de dire : cette personne est bloquée et je vais la débloquer en appliquant une technique classique, qu’elle soit ostéopathique, chiropratique, des massages ou toutes autres techniques manuelles. C’est ce que je faisais avant, mais ça ne m’intéresse plus.

Car en réalité, toutes les contractions ne sont que le reflet d’une contraction émotionnelle. Le corps est le reflet de l’esprit. Ce qui est visible est le reflet de ce qui est invisible.

Plutôt que d’avoir une approche classique structurelle sur le muscle ou manipulative sur les tissus, il y a plein d’autres techniques. Il faut ouvrir d’autres portes…

De par ma vie, je les ai toutes étudiées. J’ai fait le tour du monde, je suis allé en Inde, au Japon, en Chine. En Chine, j’y suis allé bien avant qu’elle s’ouvre, j’ai dû payer un interprète pour m’amener dans les campagnes voir les gens qui faisaient le Tuina (c’est l’ostéopathie chinoise). Je suis allé en Amérique du Sud, j’ai regardé un peu partout ce qui se passait, et je me suis rendu compte qu’en ostéopathie on n’avait pas la panacée.

Il y a beaucoup de gens qui ont aussi des techniques intéressantes, alors j’ai essayé de faire une synthèse de tout ce que j’ai vu et je l’ai ajoutée à ma pratique.

Là où je me différencie de l’ostéopathie, c’est que pour moi l’avant est aussi important que l’arrière.

Quand quelqu’un me dit « j’ai mal au dos », on va s’intéresser à son dos. C’est ce qui paraît le plus logique.

Mais quand quelqu’un prend un choc émotionnel, c’est le cœur émotionnel qui est touché. Il se replie sur lui-même en resserrant les épaules et en s’affaissant vers l’avant. C’est une forme de protection. Il se met instinctivement en boule et tous les tissus vont se contracter devant. En règle générale, c’est le cœur émotionnel qui est touché.

Derrière, ce n’est qu’une conséquence. Si tu relâches devant, tu relâches obligatoirement l’arrière. L’arrière n’est qu’une ampoule. Si tu coupes le disjoncteur devant, tu éteindras automatiquement l’ampoule.

Bien sûr, mais l’idéal est d’agir sur la cause et les effets, donc les deux parties.

Pour moi, je divise le corps en deux, comme le principe des Chinois avec le Yin et le Yang.

Prends une personne debout. S’il y a trop de contractions vers l’avant, il y a un déséquilibre. Ça va tirer vers l’avant et entraîner la tête et les yeux vers le bas.

Personne ne regarde vers le bas, alors que va faire une personne dans cette situation ? Elle va redresser sa tête pour avoir un regard horizontal, et ça va lui comprimer les cervicales en arrière en les ramenant l’une sur l’autre et engendrer des frottements de vertèbres quand elle tournera la tête en rotation dans un sens ou dans l’autre, avec toutes les conséquences inflammatoires dues aux frottements répétitifs que ça va engendrer. C’est obligatoire.

Donc tu peux t’intéresser à relâcher les cervicales et les dorsales, c’est très bien. Mais le plus important, c’est de relâcher l’avant pour que la personne se redresse et reprenne sa position naturelle.

Bien sûr. À un moment donné, le grand problème qu’on a, c’est que tous ces chocs émotionnels font que les gens, vu la contraction permanente des muscles dorsaux et de la cage thoracique, arrivent à bout de souffle car ils sont comprimés dans un cerceau. C’est comme un filet, tout se resserre.

Ils ne respirent plus. Donc la première des conséquences de tous ces chocs, de tous ces replis sur eux-mêmes, c’est que la cage thoracique ne fonctionne plus.

La Vie, c’est un flux et un reflux. La marée, elle monte et descend. Le cœur s’ouvre et se ferme. Les poumons s’ouvrent et se ferment, mais face à tous ces chocs émotionnels répétitifs, le mouvement naturel ne se fait plus.

Les poumons sont resserrés car les tissus se sont resserrés, et la personne ne respire plus. Là, on arrive dans un état d’inhibition.

Ici, on est dans les Pyrénées. On a l’eau qui tombe de la montagne, elle fait de la neige. Cette neige fond avec la hausse des températures en se transformant en eau, créant une rivière qui va se jeter à la mer.

Tout va bien dans le meilleur des mondes, mais un jour, une tempête ou un orage violent arrive.

Il y a un tronc qui va tomber dans la rivière et l’eau va stagner car le courant est stoppé ou diminué par ce barrage. L’eau va stagner et s’il fait beau, avec la chaleur, des bactéries vont se développer et de la vase va se former puisqu’il n’y a plus de mouvement.

On peut toujours essayer d’améliorer en reprenant l’exemple du corps avec la contraction qui correspond à cette eau qui stagne, en remuant la mare qui s’est faite, mais la chose principale à faire, c’est de pousser le tronc d’arbre et les roches qui sont tombés pour que le courant reparte.

Plutôt que de m’intéresser à un point particulier (une douleur particulière dans un point du dos), j’essaie de relancer l’organisme, de relancer le mouvement respiratoire, car tous ces chocs répétitifs ont créé une perturbation dans ce mouvement respiratoire.

Je pense qu’en relâchant et en relançant le mouvement respiratoire, on peut se libérer de toutes les contraintes.

Tu reçois un choc émotionnel, tu vas avoir une contraction obligatoire sur la cage thoracique comme expliqué précédemment. Tout le corps va se replier sur lui-même.

Ce que je cherche à faire, c’est de créer une vague pour relancer le mouvement et enlever ce tronc d’arbre. Cette vague va relancer ce mouvement et déplier tous les tissus. Le tout, c’est de remettre tout en mouvement.

Le fondateur de l’ostéopathie parlait de la règle de l’artère. En réalité, c’est une question de mouvement. C’est le mouvement sanguin, le mouvement circulatoire, le mouvement respiratoire. C’est tous les mouvements du corps qu’il faut remettre en mouvement.

C’est très simple. Si je t’agresse, tu as trois possibilités, il n’y a pas 50 solutions.

Tu me rentres dedans. Le simple fait de te battre avec moi, tu vas secréter des hormones, tout va très bien se passer car toutes tes fonctions vont s’accélérer, et mis à part les coups qu’on peut se mettre, tu n’auras aucune séquelle.

Il y a une autre solution : tu as très peur de moi, tu t’échappes en courant. Ce n’est pas grave, ton corps va se mettre en stimulus total et tous tes processus de défense vont se mettre au maximum, et tout va très bien se passer dans ce cas-là aussi.

La troisième solution, c’est la pire : tu as très peur de moi et tu te mets en état d’inhibition, et toutes les fonctions ou systèmes de l’organisme se mettent au ralenti. C’est la porte ouverte à toutes les maladies.

Quelle est la première conséquence de cet arrêt du mouvement dans le corps ?

Le système immunitaire ne fonctionne plus, tous les muscles s’arrêtent. Tout se bloque. Tu as des contractions partout.

Oui, bien sûr. On peut s’intéresser à la contraction de tel ou tel muscle. Pourquoi pas ? Mais si on ne relance pas le mouvement, c’est un combat perdu d’avance.

C’est pour ça que depuis quelques années, je me suis complètement désintéressé de l’ostéopathie classique. Ce n’est pas que je renie l’ostéopathie, mais ce fut une partie de ma vie. Je fais plutôt à l’heure actuelle une synthèse de tout ce que j’ai pu observer à droite à gauche à travers le monde, et j’ai créé ma propre méthode qui permet de relancer l’énergie ou le mouvement.

Je joue sur la pression et la compression de la cage thoracique. Je sens à l’intérieur du corps le mouvement que la personne a besoin d’avoir, et par des mouvements de pressions et décompressions, je pousse ma vague.

En quelque sorte, je crée une énergie qui part de moi en créant une vague comme dans les arts martiaux, et j’envoie une onde que je peux faire traverser à travers mon bras et continuer à faire traverser à travers le corps de l’autre.

C’est un mouvement ondulatoire. En créant ce mouvement ondulatoire, peu importe qu’il y ait une contraction à tel endroit ou à tel autre. Ce mouvement libère, c’est comme un tsunami, il nettoie tout sur son passage.

Tu gardes tout en toi, c’est le blocage émotionnel qui crée ça, donc effectivement tu casses le rythme de la Vie qui est mouvement. La cage thoracique, dès l’instant où tu retiens, ne fonctionne plus à pleine amplitude et tous tes systèmes sont au ralenti puisque tout est compressé.

Tu as deux solutions pour casser ça. Soit tu exagères la compression en comprimant la matière, et à un moment donné, à l’instant juste, entre l’inspire et l’expire, il y a un moment où il n’y a plus de résistance.

Si tu arrives à sentir l’instant qu’il y a entre deux respirations, il y a un espace-temps, aussi court qu’il soit. Cet espace-temps est au-delà du temps, au-delà de la contraction. Il réunit les deux. Si tu arrives à envoyer l’onde à ce moment-là, tu réunis le Yin et le Yang, et tout se rééquilibre d’un seul coup.

Tu comprimes en suivant la direction des tissus en fonction de la résistance que tu sens, et tu lâches d’un coup. C’est comme le big bang que nous disent les physiciens, avec une explosion d’énergie qui va se propager à travers tout le corps et remettre en mouvement tous les tissus de l’organisme. Tu ne peux pas calculer cet instant-là. C’est une forme de résonance qui se passe entre deux personnes.

Tu travailles et tu te mets en harmonie avec la personne qui est en face de toi, et inconsciemment tu t’adaptes à son rythme respiratoire. Tu sens que tu rentres à travers lui, que tu comprimes la matière, que tu comprimes les tissus. Tu sens à un moment donné que tu es au maximum, et là, tu lâches d’un seul coup, et ça fait une explosion d’énergie.

En réalité, tu stimules le système nerveux, et quand le système nerveux arrive à son paroxysme par la stimulation que tu as créée par ton action, il y a une décharge d’énergie, et dans cette décharge d’énergie tu libères les émotions passées et ainsi de suite. Tu libères aussi les contractions physiques.

C’est une forme de vidange de l’organisme. Comme un évier que tu débouches.

L’eau (le sang et la lymphe) et le système nerveux se relancent. L’énergie circule à nouveau librement.

Les gens, à 99%, ne se connaissent pas, et ils disent tous la même chose : « Je me sens plus léger. » Ils ont un poids en moins sur les épaules.

Les émotions, il faut qu’elles partent par les trous naturels. La nature est bien faite, elle a tout prévu. Un bébé, quand il a un problème, il crie, il pleure, il fait caca, et nous on n’a plus ça.

Il faut que l’énergie en trop sorte quelque part. Il faut qu’elle sorte par un trou. Quelqu’un qui souffre va hurler, ou quelqu’un qui a une trop forte émotion va pleurer. Il faut que ça sorte par un trou. Ça peut sortir aussi par en bas (WC), mais tu peux aider les gens à faire sortir cette émotion par la bouche.

Tu es dans le contrôle. Quand ça va mal, tu cherches à contrôler. Tu es dans la dualité entre ce qui est et ce qui aurait dû être, ce que tu aurais aimé qu’il soit, ou entre ce qui est et ce qui a été et qui ne te convient pas du tout.

Ton corps est dans le présent, que tu le veuilles ou non. L’esprit, lui, va aussi bien dans le futur que dans le passé. Le but, c’est de ramener les deux dans ce présent, de recréer le contact, de rebrancher la prise entre le corps et l’esprit. C’est un manque d’harmonie entre le corps et l’esprit.

Qui dit dualité dit fatigue. C’est pour ça que beaucoup de gens te disent qu’ils sont sans arrêt fatigués. Ils te disent : « Je prends des vitamines, du café ou autres produits naturels pour me stimuler. »

Mais qu’est-ce que la fatigue quand il n’y a pas de maladie particulière ? Tout simplement de l’épuisement nerveux. Les gens qui sont fatigués sont en réalité dans la dualité complète. Leur corps est tellement occupé à lutter contre leurs problèmes qu’il est fatigué. Ils sont épuisés. Il ne leur reste plus assez d’énergie pour le reste.

Donc le but, c’est de redonner du mouvement aux tissus, et dans notre cas, puisqu’à la base on est parti sur l’ostéopathie, c’est de libérer les articulations et la cage thoracique par cette reprise du mouvement respiratoire. J’appelle ça le second souffle.

Moi, ce que je cherche à faire, c’est de redonner un second souffle à quelqu’un qui est épuisé. Il peut retomber 30 km après si la course fait 100 kilomètres, et retomber au 50ème kilomètre, et dans ce cas-là il faudra l’aider à nouveau car la vie continue et il n’aura pas forcément une fin de course (vie) facile.

C’est exactement ça le principe. C’est de redonner un second souffle à l’autre parce que le souffle, c’est la vie. C’est lui qui gère tout. Ma règle à moi, c’est redonner du Souffle à l’autre.

Quand l’individu récupère du Souffle, il peut récupérer son énergie. Il a la force pour guérir ses problèmes, ses blessures, et ça se fait naturellement. C’est le principe de l’homéostasie.

On aide avec des techniques supplémentaires, mais c’est beaucoup plus simple de compter sur l’organisme quand il participe à la guérison, plutôt que de compter sur un simple geste technique ou une manipulation ou un thrust ou quelque chose comme ça.

Tu ne peux pas régler les problèmes de dos sans t’intéresser à l’émotionnel, et c’est pareil pour beaucoup de maladies. C’est impossible.

Je constate que 90% de ceux qui viennent me voir ont eu un choc émotionnel : « Mon père est décédé brutalement, mon conjoint m’a quitté et je l’ai mal vécu, et depuis je ne respire plus, etc. »

Tous leurs problèmes sont arrivés les uns après les autres, mais à la base il faut chercher la source. Il faut comprendre d’où est parti l’impact qui a déréglé leur corps, car après, ce dérèglement va se retrouver partout, dans les organes, dans la digestion.

Quelqu’un qui est comprimé en permanence va mal digérer et va avoir des problèmes d’estomac. En réalité, ce qui se passe, c’est qu’il est compressé.

L’image que je peux te donner, c’est l’image d’un tuyau d’arrosage. Tu prends un tuyau d’arrosage – j’en reviens toujours à l’eau parce que le corps est composé d’eau, enfin à 70, 80%.

L’eau, elle coule, c’est l’image de la rivière de tout à l’heure. Si tu appuies sur le tuyau, le débit au bout est plus faible dû à la compression des tissus, et le débit va être plus faible, entraînant une perte de l’influx nerveux.

Le foie, par exemple, est alimenté par des nerfs. Si ces nerfs sont comprimés, le foie va mal fonctionner. Ce qu’il faut arriver à faire, c’est sortir le doigt qui bloque.

En premier, tu suis la réglementation du pays où tu exerces. Tu vas dans une école. Il y en a de très bien, et tu obtiens ton diplôme, mais pour moi, tu n’as pas encore commencé l’ostéopathie.

Tchouang Tseu a dit : « Le filet de pêche sert à attraper le poisson, prends le poisson, et oublie le filet. »

Il faut chercher à apprendre le maximum de techniques, mais à un moment donné il faut s’en libérer, autrement on n’est que technique. C’est la différence entre être et faire.

Il faut assimiler, il faut que la technique devienne soi-même. Le but, c’est d’oublier complètement la technique.

Moi, je regarde quelqu’un, et je vois instantanément où est-ce qu’il a eu un problème.

Je me dis : « Celui-là, il y a eu un problème émotionnel, celui-là il est replié ici. »

Je ne me base plus par rapport aux théories d’apprentissage et je m’adapte dans l’instant à ce dont j’ai besoin.

La personne doit étudier et pratiquer les techniques comme on lui a appris, mais à un moment donné il faut qu’elle oublie tout.

Comme un pianiste : tu vas à l’école, tu apprends le solfège et tu commences à jouer. On t’apprend à jouer avec tes doigts : do, ré, mi, fa, sol, la, si, et ensuite tu joues et tu discutes en même temps.

Il faut arriver à lâcher prise et laisser la main se positionner toute seule.

Ils disaient autrefois dans les arts martiaux japonais : en premier, il faut d’abord fortifier le corps, ensuite c’est la technique, et enfin l’esprit. Ce sont des stades, et à un moment donné, il faut oublier tout ça, et c’est l’esprit qui prend la suite et c’est lui qui dirige tout.

C’est l’instinct. Moi, je ne fonctionne qu’à l’instinct. Je regarde les gens, je leur demande s’ils ont eu des fractures, hernies discales, ostéoporose. Je fais un diagnostic, je pose quelques questions, et après j’oublie tout.

Il y a toujours une technique ou une méthode à appliquer. Il y a le dur et le mou.

Autrefois, quand j’ai commencé l’ostéopathie, il y avait l’ostéopathie structurelle. La crânienne est arrivée ensuite, mais au début on faisait des manips. Au départ, les chiros et les ostéos, on faisait du structurel.

Après, on est passé à des techniques douces, et maintenant je ne sais pas pourquoi, on oppose le dur et le mou, et c’est absurde. Ils sont complémentaires.

En fonction des gens, on fait un peu de dur, des fois un peu de mou. Je fais beaucoup de mou moi, et pourtant je fais aussi du dur. Mais les gens retiennent que le dur, parce que c’est plus visible.

Ça s’entend plus et c’est plus impressionnant.

Ça s’entend plus en effet, mais en réalité je fais autant l’un que l’autre, mais la mémoire retient que le dur. Les techniques, on ne les choisit pas, on s’adapte à la personne. Je ne peux pas dire : « À cette personne je vais lui faire que du dur ou que du mou », c’est absurde. Il faut s’adapter sur l’instant.

Le corps humain est très complexe, chaque individu est différent, en fonction du gabarit, etc.

Moi, je me suis surpris des fois à juste poser la main comme ça doucement et faire vibrer, et j’ai entendu l’articulation claquer, et des fois il faut appuyer plus fort. J’ai 65 ans et ça fait plus de 30 ans que je manipule. J’ai vu des milliers et des milliers de gens, et maintenant je ne pense plus à tout ça. Je fais tout à l’instinct et je m’adapte à chaque patient.

La difficulté, ce n’est pas d’employer une technique. La difficulté, c’est d’être en harmonie avec l’autre, car si tu es en harmonie avec l’autre, tu le diriges où tu veux. Je bouge, tu bouges.

Vu que l’on est en harmonie, je n’ai pas besoin de lutter contre toi, vu que nous ne faisons qu’un.

Je m’adapte. Je pousse à un endroit et tu me suis involontairement. Tu ne résistes pas. Ça ne se calcule pas. Ça se fait tout seul. Le tout, c’est d’avoir de la fluidité et de la pratique.

Les tensions du corps sont le reflet des tensions de l’esprit. Il n’y a pas de techniques pour relâcher à part l’acceptation de ce qui est. Quoi que tu fasses, c’est une technique et tu crées une lutte.

Quelle que soit la technique, ça reste de la lutte, et les gens à un moment donné, ils font le tour de la technique et ils vont chercher une autre technique. Après le yoga, la méditation, après la méditation, la respiration holotropique. C’est toujours de la technique, mais on est toujours dans la dualité.

Par exemple, tu es en état de mal-être et tu te dis : « Je vais faire une technique pour changer cet état. Je vais faire du yoga, de la méditation, ou une autre technique quelle qu’elle soit. » À partir de cet instant, tu crées une dualité entre ce qui est et ce que tu voudrais qu’il soit. C’est-à-dire un état imaginaire où tu te dis que tu vas être mieux que celui où tu es maintenant.

Ces deux états s’opposent. Il y a une dualité et cette dualité t’épuisera moralement et physiquement.

Du coup, quelle que soit la technique que tu vas employer, ça ne sera qu’un conflit, une bagarre où le plus fort l’emportera.

Moi, ce que je propose, c’est l’absence de technique. Si tu arrives à accepter ce qui est, si tu arrives, au lieu de condamner ton passé, à pardonner – « à pardonner à ceux qui vous ont offensé comme disait l’autre »… (Je cite)

Si tu arrives à pardonner à ceux qui t’ont offensé, tu n’es plus en dualité avec l’autre (la dualité), et dès l’instant où il n’y a plus de dualité, il n’y a plus de lutte, et la paix intervient.

Donc la paix intérieure arrive quand tu arrives à pardonner et à être en paix avec l’extérieur, quel qu’il soit.

Il y a beaucoup de gens qui cherchent à remonter la rivière. Ils remontent sans cesse jusqu’à la source du problème, et on n’en finit pas.

Pourquoi ne pas se laisser emporter par le courant ? Il t’amènera là où il doit t’amener.

Donc au lieu de condamner tout ce qui est difficile, c’est peut-être un cadeau de la vie, et grâce à ce cadeau tu vas pouvoir devenir plus que ce que tu es. Pourquoi chercher des techniques quand le simple fait de pardonner, d’accepter dans la gratitude ce qui nous est arrivé et d’être en harmonie avec ce qui est, quel qu’il soit, même si ça a été difficile… parce que quelle que soit la technique, ça reste de la lutte.

Oui, beaucoup de gens, par exemple, qui ont eu un passé difficile ont cherché à faire psychologue. C’est parce qu’ils ont voulu comprendre leur problème. C’est grâce à ce passé qu’ils seront de bons psychologues, parce qu’ils savent de quoi parlent les gens, ils l’ont vécu.

La libération de tous les conflits passe par l’acceptation de ce qui est, et à partir de là le corps se relâche.

Oui, et c’est pour ça que je travaille debout. Le travail debout, c’est le plus important. Je vais t’expliquer pourquoi. Dans une journée, il y a 24 heures, on dort 8 heures et le reste du temps on reste 16 heures debout.

Donc la position naturelle pour moi, elle est debout. S’il faut régler le corps, je le règle debout. Pour régler la posture, à l’inverse de tout le monde qui dit que c’est les pieds qui règlent la posture, moi je dis non. C’est le cerveau qui règle la posture.

Parce que les contractions de l’esprit vont faire qu’on se replie. Ça modifie la posture. Les semelles, c’est bien, mais si je suis dans une position particulière, c’est mon cerveau qui a mis mon corps dans cette posture. C’est lui qui a réglé la posture.

Dès l’instant où l’on est relâché, le corps suit naturellement.

Moi, je travaille la colonne vertébrale debout et par l’avant. Le travail debout, c’est le plus important. Je vais pousser la colonne vertébrale en passant par l’avant.

On peut travailler la colonne avec des rotations ou manipuler les vertèbres, mais on pourrait très bien imaginer travailler la colonne avec des poussées pour envoyer une onde qui va déplier tous les tissus. Je joue avec ta respiration. C’est ta respiration qui me guide, et selon ta respiration je comprends comment je dois appuyer, et à un moment donné, je sens ta respiration plus fluide. Le mouvement revient, et là, j’arrête.

C’est comme un évier, j’ai débouché ce bouchon. C’est une libération des émotions. Tu dois comprendre en fait qu’en réalité, quand quelqu’un vient me voir, il est sous pression. Il a trop de pression. Comme une cocotte-minute.

Moi, ce que je cherche à faire, c’est d’ouvrir le bouchon pour que ça explose, pour ne pas que ça explose dans l’organisme.

Donc je cherche une ouverture pour faire partir cette énergie. Je dois pousser, comme je disais tout à l’heure avec la rivière, le tronc d’arbre qui empêche l’eau de couler. C’est tout qui repart ensuite. C’est un second souffle. C’est un second Être. C’est autre chose qui renaît.

Bien souvent, les gens viennent pour un problème physique, mais je les ramène à autre chose parce que bien souvent, comme dit précédemment, le physique n’est que 10% du problème quand il n’y a pas eu de chocs ou d’accidents.

En général, quand les gens viennent de loin, bien souvent ce n’est pas pour une entorse, mais c’est parce qu’ils ont un problème émotionnel. Ils ne respirent plus depuis 5 ans ou 10 ans. C’est très fréquent à l’heure actuelle.

Tu trouves des gens qui ne respirent plus, qui ont la cage thoracique qui ne fonctionne plus, elle est complètement serrée, ils n’ont plus de souffle, ces pauvres gens. Donc moi, je ne cherche qu’une chose : redonner du souffle, et le reste je m’en fous, ça se fait tout seul. Quand tu as le souffle et que tu te déplies complètement, tu respires, et c’est ça la santé.

« L’Ostéopathie a oublié une chose, c’est la respiration. »

Quand tu es né, tu as eu ton premier souffle. Quand tu vas mourir, tu auras ton dernier souffle. Entre les deux, tu as le souffle. Toute perturbation du souffle perturbe ta vie et c’est la porte ouverte à toutes les maladies.

La peur et les émotions perturbent le souffle. Donc tu as deux solutions : soit tu t’intéresses à l’ampoule en cherchant à dénouer le problème engendré, soit tu vas à la racine et tu cherches à redonner du souffle à l’autre. L’idéal est de faire les deux.

Ce que je veux, c’est le souffle naturel. L’eau doit circuler, l’énergie doit circuler. Il n’y a pas de méthodes ou de techniques particulières avec des temps de rétention ou autres.

Respirer amplement en se dépliant. C’est tout. Si le souffle circule, tout le reste se fait naturellement.


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