Bernard Tisné réalisant une manipulation lombaire – ostéopathe à Horgues

Vertèbre déplacée, craquement : les idées reçues

« J’ai une vertèbre déplacée, il faut me la remettre en place. » « Ça a craqué, c’est que c’est réglé ! » Ces phrases, je les entends tous les jours au cabinet. Elles sont rassurantes, simples à comprendre… et pourtant, la réalité est un peu différente.

La légende de la vertèbre déplacée

C’est une idée acceptée depuis longtemps par les patients comme par beaucoup de médecins : l’ostéopathe ou le chiropracteur « replaceraient les vertèbres ». On aime les explications simples. J’ai une vertèbre de travers ? Pas de problème, je vais me la faire remettre en place, et je serai de nouveau neuf.

Mais personne n’a jamais pu montrer sur une radio une vertèbre « déplacée ». Malgré toute notre technologie d’imagerie, ces vertèbres restent désespérément invisibles. Et pour cause : à moins d’un choc très violent, comme un accident de la route ou une chute d’une échelle, une vertèbre ne peut pas se déplacer.

Ce que l’on soulage par une manipulation n’est pas un problème d’os. C’est le plus souvent une petite entorse, un étirement des ligaments qui relient deux vertèbres, que l’on appelle un « dérangement vertébral mineur ».

Par réflexe, cet étirement déclenche une contracture des muscles autour de la colonne. C’est une défense du corps : il immobilise la zone pour la protéger, ainsi que la moelle épinière et les nerfs, et pour éviter les mouvements qui aggraveraient la lésion. Le corps est intelligent : il crée volontairement un moindre mal. Et comme cette contracture s’étend souvent sur une grande distance, on a mal tout le long du dos ou du cou, bien au-delà de l’articulation concernée.

Pourquoi ici, et pourquoi maintenant ?

C’est la vraie question. Pourquoi un mouvement que l’on fait tous les jours sans problème, ou que d’autres font sans dommage, devient-il douloureux à ce moment précis, ce jour-là ? Notre colonne compte 33 vertèbres : pourquoi celle-ci fait-elle mal, et pas celle d’à côté ? Et pourquoi, chez une même personne, est-ce si souvent la même vertèbre qui revient ?

Il n’existe pas de vertèbre isolée. Chacune est reliée au reste du corps par des chaînes de muscles et de fascias, ces enveloppes qui relient les muscles entre eux. Quand une de ces chaînes ne remplit plus son rôle, elle crée une faiblesse, et c’est à cet endroit que le dos finit par céder face à l’effort ou à la fatigue.

Pensez à un chiffon que l’on torsade. Ce n’est pas à l’endroit de la torsion que se trouve la cause, mais aux deux extrémités qui tirent. Se contenter de redresser la torsion ne résout rien : les deux extrémités restent en tension.

C’est pourquoi je ne me contente pas de « débloquer » la vertèbre qui fait mal. Je cherche ce qui tire sur elle, parfois très loin de l’endroit douloureux.

Et après une opération ?

Il en va de même après une opération pour une hernie discale ou une sciatique. L’intervention supprime le problème local, ce qui est déjà très important pour enlever la douleur. Mais les tensions qui ont abîmé le disque, elles, sont toujours là.

Quand on retire un morceau d’amortisseur, la pression se reporte sur les autres. Les articulations voisines doivent bouger davantage et risquent de souffrir à leur tour. Libérer les tensions qui ont conduit à la hernie est donc un complément utile à la chirurgie : enlever le morceau qui dépasse sans se préoccuper du reste ne règle le problème qu’à moitié.

Le craquement : d’où vient ce bruit ?

Lors d’une manipulation, on entend souvent un petit claquement. Beaucoup de gens imaginent des os qui frottent ou qui se remettent en place. Il n’en est rien.

Chaque articulation baigne dans un liquide, la synovie. Quand la manipulation écarte légèrement les deux surfaces articulaires, la pression de ce liquide baisse brusquement, et le gaz qu’il contient forme une bulle qui se libère en faisant du bruit. C’est ce qu’on appelle la cavitation.

C’est exactement comme l’ouverture d’une bouteille de champagne : ce n’est ni le liquide ni le bouchon qui font le bruit, mais la pression et le gaz qui se libèrent.

Le craquement ne soigne pas

Se faire craquer les doigts n’est pas un traitement. Le bruit n’est pas la preuve qu’une manipulation a réussi, et son absence ne veut pas dire qu’elle a échoué. Ce qui compte, c’est que l’articulation retrouve son mouvement et que les muscles autour se relâchent.

Opposer les manipulations « structurelles », avec craquement, aux techniques « douces », sans craquement, est d’ailleurs un débat inutile. C’est l’âge du patient, son état et la nature du problème qui déterminent la technique à employer. J’utilise les unes comme les autres, selon ce dont la personne a besoin ce jour-là.

Est-ce dangereux ?

Réalisée par un praticien formé, après un examen soigneux, une manipulation respecte l’anatomie de l’articulation et se fait sans forcer. Elle est sans danger.

C’est justement le rôle de l’examen : vérifier qu’il n’y a pas de raison de s’en abstenir. En cas d’ostéoporose avancée, de fracture récente, de certaines maladies inflammatoires ou de douleurs inhabituelles, je choisis des techniques douces, sans craquement, ou je vous oriente d’abord vers votre médecin.

Vous avez le dos ou le cou bloqué ? Appelez-moi au 06 80 30 08 80. Mon cabinet se trouve à Horgues, à 4 km de Tarbes.

Bernard Tisné